Ce travail, je le déteste, je l’ai détesté depuis le premier jour où j’ai mis les pieds dans ce bureau. Je suis rentré ici comme un prodige, j’y étais censé faire carrière, je représentais « l’avenir de la boite » me disait-on ; Pfff.. Quel avenir ? ! C’était sans compter sur le traitement merdique du Conseil d’Administration et de ces vieux employés frustrés au superlatif les uns plus que les autres.
Ces « vieilles filles rechigneuses » -comme je les appelle- m’ont redescendu sur terre quelques secondes seulement après avoir écouté l’évangile [si bien prêché] du Directeur Général qui me recevait dans son bureau pour mon premier jour de boulot.
Le Directeur Général, DG Franck pour les plus intimes, est ce genre de mec qui, quand il te parle, a cette capacité de te faire voir le monde en rose. Ses discours sont toujours très bien ficelés, et sa façon de dire, bref ! c’est de l’art. Définitivement, ce type aurait dû être pasteur.
Passons….
-Ki laj ou ti jèn?
Me demanda la « capitaine » des vieilles filles rechigneuses.
-Anh! A 23 zan epi se isi a ou vin kwoupi ti cheri.
Rétorqua sa voisine avec un faux air de tristesse.
Les cinq autres membres de la bande me regardèrent de la tête au pied comme s’ils étaient en train de me faire une radiographie.
15 minutes plus tard les premiers critiques et reproches à mon égard tombaient déjà [Autant vous dire que rien n’a changé jusqu’à aujourd’hui, 17 mois plus tard]. C’était comme pour me dire « Petit, ta place n’est pas ici. Ne viens pas nous voler notre chère petite place bien confortable qu’on aime tant ».
Vous vous demandez sûrement pourquoi je les appelle «vieillesfilles rechigneuses ». Eh bien, la réponse se trouve dans la question. Ces derniers [la bande est composée de 5 filles et de 2 garçons] se plaignent du boulot à faire, des salaires versés, du comportement de certains Directeurs [Bref! De tout] de 8h AM à 4h PM. Pourtant, aucun d’eux ne démissionne après un petit plus de 6 ans dans l’institution.
Ce travail est tout ce qu’il y a de toxique pour un « petit jeune » comme moi. Étant non seulement le collaborateur avec le niveau d’étude le plus élevé de mon service, je suis aussi le plus jeune. Je suis une sorte de punching-ball pour les vieilles filles rechigneuses, ils me balancent des directs à chaque erreur. Je fais un travail extrêmement compliqué et très important pour l’institution, mais je ne reçois jamais de reconnaissance de leur part. Ils sont toujours prêts à dramatiser pour la moindre erreur, mais le plus souvent je ne me laisse pas faire. En tant qu’ancien lycéen je suis ce genre de mec qui ne se laisse pas marcher dessus. C’est compliqué parfois mais je leur tiens tête, je n’ai pas passé 21 ans à étudier pour me faire traiter de la sorte.
Ce boulot représente tout ce que je déteste. Je déteste l’uniforme, je déteste le bâtiment, je déteste la politique de l’institution et je n’aime pas mes collaborateurs. Bref ! Je déteste ce boulot de merde.
La seule chose ou du moins la seule personne que j’aime au sein de cette boite, c’est la Directrice Financière.
Oh mon Dieu !
Parler d’elle me procure des frissons…
Madame July est mon plus grand fantasme depuis maintenant un petit peu plus d’un an et demi. Elle est ce genre de femmes que tu vois dans les meilleures séries Netflix. Madame July est un mélange parfait d’Olivia Pope et de Tokyo, c’est une Mazeratti.
Formée dans les plus grandes écoles du pays, elle a eu son premier master à 24 ans. C’est le genre de femme quand elle parle, même les mouches refusent de voler. C’est une Lionne qui ne porte que des escarpins et des costumes taillés sur mesure. Je la regarde à travers les vitres de son bureau très souvent, trop souvent même. Parfois, j’arrive à lui arracher un petit sourire sans qu’elle puisse se douter que j’étais en train de penser à lui faire toutes les trucs -torrides- du monde. J’ai pensé à lui faire des avances mais au-delà de mes désirs charnels, j’éprouve aussi un grand respect et une profonde admiration pour Madame July non seulement pour ses nombreuses qualités mais aussi par le fait qu’elle a le double de mon âge.
Seigneur..!
Je suis éperdument amoureux d’une femme qui aurait pu être ma mère.
Le pire dans tout ça, j’en suis fier.
A côté de voir des poules avec des dents et des porcs avec des ailes, la 3e chose impossible c’est une éventuelle relation amoureuse entre Madame July et moi.
Bref ! Le mieux c’est de l’admirer de loin tout en gardant un comportement professionnel.
Entre temps, j’ai trois CV à envoyer car il faut à tout prix que je démissionne de ce boulot sinon je risque de succomber à un AVC.
Les collaborateurs des autres départements s’en vont par lot de 2 ou 3, je leur regarde fièrement remettre leur lettre de démission et tout ce dont j’ai envie c’est d’être à leur place. Je suis prêt à travailler pour n’importe quelle autre entreprise même si cette dernière m’offre un salaire identique. De toute façon, il n’existe pas pire qu’ici.
Je dois à tout prix me barrer d’ici, je dois démissionner de ce boulot, ce boulot de merde.
Écrit par Clefton “33” Simon
Edité par : Daniel Fanfan
