L’évolution naturelle de chaque peuple crée un symbolisme notable autour de certains lieux, personnages, date et objets qui à eux seuls semblent renfermer tout un pan de son histoire. Certains sont gardés précieusement sous forme d’objets anciens, de pièces de musée, de zones protégées. D’autres circulent constamment et librement: recettes, contes et légendes, objets artisanaux, etc. Chacune de ces couleurs composent une palette qui renferme une bonne partie de l’essence identitaire de ce dit peuple.
Presqu’autant que l’île dont ils ont choisis de garder symboliquement l’un des noms conférés par les premiers habitants tragiquement disparus, le peuple d’Haïti a hérité de l’un des patrimoines les plus riches au monde, ce qui lui vaut malgré une gestion catastrophique de la sphère socio-politique tout le long de son histoire de figurer aujourd’hui encore au sein des listes les plus prestigieuses de lieux ou de cultures à découvrir.
Dans tout ce qui constitue le pont intergénérationnel du pays, le patrimoine matériel et immatériel semble sans cesse rivaliser par leur inépuisable diversité. En effet, les dix départements géographiques renferment chacun des sites naturels et des vestiges plus ou moins bien conservés rappelant la vie au temps coloniaux ou encore une époque encore plus éloignée où ceux que Colomb considéra à tort comme des Indiens peuplaient librement le territoire. Épaves, cuirasses, objets précieux, armes blanches et armes à feu, ustensiles, pierres taillées et d’innombrables autres objets nous racontant chacun à sa manière une frange de la riche fresque historique locale foisonnent. Les coutumes haïtiennes, malgré l’appauvrissement continu de la quasi-totalité de la population restent empreintes de cette fierté et de cette aspiration à la grandeur qu’on peut relever chez tant de précurseurs de l’indépendance et ce sentiment se révèle sous forme d’innombrables tableaux, sculpture, masques et autres objets utilitaires ou décoratifs.
Il incombe face à cette diversité sous-estimée de se questionner sur les moyens de l’exploiter à bon escient et de la préserver en vue de la passer aux générations futures.
La notion de patrimoine est importante pour la culture et le développement, dans la mesure où elle constitue le ‘’capital culturel’’ des sociétés contemporaines. Le patrimoine contribue à la revalorisation continue des cultures et des identités et constituent un véhicule considérable pour la construction de l’expertise des compétences et des connaissances entre les générations. Il fournit également une source d’inspiration pour la créativité et l’innovation qui résulte en produits culturels, contemporains et futurs.
Le patrimoine, surtout dans sa dimension physique, est sujet à l’usure du temps. Le métier de la restauration de reliques anciennes étant coûteux et quasiment inexistante dans la région caraïbéenne, le pays gagnerait immanquablement à orienter certains de ces jeunes vers une telle expertise. La monétisation des biens culturels non commerciaux passant par leur connaissance du grand public, d’immenses efforts se devront d’être déployés en vue de permettre que le public en général, les plus jeunes en particulier, soient exposés de façon plus répétitives et engageantes à tous ces éléments rattachés à l’histoire de notre communauté : financement de films à caractères historiques, prix littéraires, articles de magazine, expositions, etc. Un dispositif de sécurité fiable se devra aussi d’être mis en place pour prévenir que cet intérêt accru n’entraine des effets pervers indésirés: vols d’objets précieux, vandalisme ou autre.
Les fonds consentis à ce renouvellement de la culture et du patrimoine devront tout d’abord être confiés à l’ISPAN, institut de sauvegarde du patrimoine national, moyennant un plan clair et articulé pour des interventions d’urgence dans tous les sites déclarés protégés mais ne recevant de fait aucune attention étatique particulière et aussi pour une revue exhaustive de tous les sites d’importance non encore considérés en vue de les ajouter dans les plus brefs délais au portfolio officiel. Des critères clairs devront être fixés en visant notamment l’inclusivité et des comités de gestion montées selon une distribution territoriale ou par ordre d’importance en donnant aux acteurs locaux un pouvoir de décision consentie pouvant réellement avoir des retombées bénéfiques sur les sites ainsi gérés.
Les cadres du ministère de la culture et du tourisme et l’ISPAN devront regrouper des opérateurs afin de créer des circuits touristiques autour de ces sites avec sécurité garantie pour ses visiteurs et inclure la population dans ce dynamisme car ils connaissent chaque recoin de ces villes et feront de très bons guides.
L’état, conscient de son devoir envers ses citoyens et envers le pays qui l’abrite, s’assurera que des programmes d’aides et d’accompagnement voient le jour afin que les projets de restauration aboutissent. Il devra faire appel à des experts de restauration des monuments et si nous ne disposons pas de professionnels locaux il devra faire appel à des étrangers pour veiller à ce qu’aucun site ne perde son identité. Chaque monument devra être géré de façon à ce qu’ils continuent à raconter au monde combien nous sommes forts et fiers et créer la nécessité de mieux nous connaitre.
Dans le souci d’apporter son soutien aux citoyens qui vivent dans les villes qui subiront de tels changements, l’état devra créer des programmes d’assistance sociale afin que les activités routinières ne soient pas paralysées.
Un état responsable et impliqué dans la réussite des projets de son pays trouvera aisément le moyen et mettra les supports nécessaires à l’éducation de la population face à son travail et leur fera prendre conscience de la responsabilité qui les incombe.
Investi de cette nouvelle politique de gestion des sites et monuments en Haïti, chaque citoyen devra s’engager dans ce dynamisme car sauver et gérer le patrimoine culturel du pays revient à se sauver soi-même, à se construire un avenir et à assurer la survie de cette nation dans le temps.
Une meilleure gestion de nos artefacts ancestraux revient à dire au monde que tel le phénix, nous pouvons renaitre de nos cendres. S’impliquer dans le processus de sauvegarde des sites, c’est dire au monde que nous avons toujours su qui nous étions et ce qui nous convient le mieux, que nous sommes pleinement conscient du pouvoir de notre histoire et de la richesse de notre vécu.
Dans cette nouvelle politique de gestion des sites, nous nous engageons dans le changement, nous acceptons notre histoire et avons décidé de la réécrire pour éviter la destruction de ce peuple.
S’engager dans la gestion des sites, c’est dire à tous ceux qui tirent sur les ficelles de notre pauvreté que notre histoire sera racontée aussi longtemps qu’il y aura des gens dans le monde. Aussi longtemps qu’il y aura vie sur terre l’on racontera que des esclaves noirs comme Toussaint Louverture, Jean Jacques Dessalines et Capois Lamort dont les statuts sont fièrement dressés au champ de mars_ ont défié et vaincu la plus puissante armée de leur époque l’armée française ce qui a donné naissance à une nation libre et souveraine, la première république noire de l’histoire.
Une politique touristique incluant une meilleure gestion des sites et monuments, c’est prendre parti pour le développement durable, la stabilité économique et c’est dire au monde que peu importe comment ils s’acharnent à faire de nous des incapables notre histoire gardera son nom et le nom de nos héros de l’indépendance, symbole vivant de notre résistance, restera à jamais gravé dans les annales du monde.
La conservation du patrimoine de mon pays, je m’engage. C’est là un slogan qui doit se répandre dans toutes les villes. Inciter les gens à s’engager, à prendre parti pour la survie de notre histoire. Il n’y a pas de plus noble cause que de lutter pour rester en vie et il n’existe pas de plus fort comme lien, que celui qui unit une nation.
Il faudra aussi créer un cadre où la culture qui est une vitrine sur la vie d’un peuple trouve un endroit où se rencontrer avec le tourisme afin de créer des évènements qui seront à même de garantir une vue parfaite et attractive sur la diversité et la richesse de notre patrimoine.
La promotion de l’image étant un atout majeur en marketing touristique, il incombera de mettre sur place des mesures tant promotionnelles que restrictives afin de mieux contrôler la façon dont le pays est présenté, particulièrement dans les grands médias internationaux.
Avec ses sites et monuments nouvellement restaurés, une campagne publicitaire couvrant tous les supports médiatiques locaux et internationaux aura pour effet de rendre les sites plus accessibles ce qui garantira des retombées économiques pour le secteur.
La réalisation d’un tel projet aurait des résonances positives sur tout le territoire notamment sur le milieu du tourisme, un nouvel élan de confiance pour Haïti comme destination touristique. Une remontée en vigueur du patriotisme serait prévisible, ce qui pourrait avoir un impact positif sur tous les autres secteurs: renouvellement du secteur artistique, investissement dans des projets locaux, le relancement des petites entreprises locales spécialisées dans la vente et la confection de vêtements typiquement haïtiens. Le secteur agricole aura son petit coup de pouce lui aussi , chaque ville ayant une spécialité culinaire , une remontée de la production nationale est à prévoir ce qui résoudrait en partie le problème de l’exode rurale. Enfin, l’histoire retiendra que le peuple haïtien est ce qui se rapproche le plus de la définition de résilience.
Écrit par Widelyne DUVERT